Elle a été fondée en 910 et connut dès le siècle suivant un rayonnement exceptionnel qui s'étendait à toute l'Europe Chrétienne.
Elle possédait près de 1 000 dépendances et l'ordre comptait 10 000 moines.
En 1088, sous l'abbatiat de Saint-Hugues, dit Hugues le Bâtisseur, fut commencé un programme de construction inouï : l'église abbatiale devait être à la dimension de l'ordre et offrir un prieuré.
La longueur de l'édifice atteignit 187 mètres et l'élévation sous voûte 30 mètres.
Adjugée comme bien national en 1791, l'église de Saint-Hugues fut démantelée de 1798 à 1823.
Il n'en subsiste que le bras sud du grand transept surmonté du clocher de l'eau bénite.
Ces quelques vestiges de l'Abbatiale permettent de mesurer l'influence qu'exerça l'ordre sur l'architecture et la sculpture religieuses du XIIème siècle en Bourgogne.
La visite de l'abbaye comprend également la visite du musée d'art et d'archéologie, et la projection du film en 3D "Maior Ecclesia".
Pour faire une visite complète de Cluny : Haras Cluny, Hotel Dieu Cluny, Jardin Cluny, Musee Cluny...
Histoire :
L'abbaye de Cluny est fondée très précisément le 2 septembre 909, dans la Vallée Noire. Guillaume III, dit le Pieux, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne, de Velay, de Mâcon et de Bourges, donne la villa et la lande de Cluny à l'abbé de Baume-les-Messieurs et de Gigny (Jura). La charte, rédigée en 909 aux assises de Bourges, mentionne la "villa de Cluni et toutes possessions attenantes : villages et chapelles, serfs des deux sexes, vignes et champs, prés et forêts, eaux courantes et fariniers, terres cultivées et incultes". De leur côté, les moines s'engagent, "selon l'opportunité et les possibilités du lieu, aux �uvres quotidiennes de la miséricorde envers les pauvres, les indigents, les étrangers, les voyageurs". Bernon (noble bourguignon, né vers 850) y fonde un monastère de douze moines, selon la règle de saint Benoît. La nouveauté vient de ce que la charte de fondation laisse à la communauté monastique l'élection de son abbé. En 917, le premier prieuré de Cluny est fondé à Déols. Les couvents de Saint-Benoît-sur-Loire et de Saint-Maur-des-Fossés sont relevés. Bernon meurt en 927. Odon lui succède et meurt en 942. L'abbatiat d'Aymar, mort en 965, est de courte durée. Mais il est marqué par l'élection de (saint) Mayeul (vers 906-994). Il sera abbé de 948 à 994. Avec les abbés Odilon (994-1049) et Hugues de Semur (1049-1109), Cluny devient rapidement le "centre" d'un vaste réseau d'abbayes sur les chemins de Compostelle. En 1063, le cardinal-légat (saint) Pierre Damien disait Cluny "incomparable".
En Bourbonnais, le sire Aymardus imite son suzerain Guillaume. Grâce à sa donation, Cluny fonde un prieuré à Souvigny en 915. La famille de Bourbon tirera un grand profit de ce prestige.
En Bourgogne, Cluny est aux frontières du royaume Franc et de l'Empire Carolingien, ainsi que de la langue d'oc et de la langue d'oil. En 931, le pape Jean X confie à Odon, grand réformateur monastique, la responsabilité de toutes les abbayes qu'il réformait (Déols, Massay, Romainmôtier, Saint Géraud d'Aurillac, Charlieu, Fleury, Saint Benoît-sur-Loire). L'Empire de Charlemagne fondé par accident à la Noël de l'An 800 se morcelle. Dans le même temps, ne dépendant que du pape, protégé par les ducs d'Aquitaine, l'ordre de Cluny se développe. Un réseau de 1 184 monastères s'insinue dans les interstices laissés par les petites totalités politiques. L'abbé saint Hugues (1024-1109) est le parrain de l'empereur Henri IV (Canossa, 1077).
En plein millénarisme, émoi anti-hiérarchique popularisé par Le Nom de la Rose, les abbés de Cluny insistent sur l'office divin, l'hospitalité et l'aumône. Mayeul décline la papauté offerte par Otton II. Odilon refuse l'archevêché de Lyon. Il vend le trésor de l'abbaye pour secourir les pauvres. Les abbés se gardent aussi des excès des Spirituels et des Dolciniens. Contrairement aux archevêques de Lyon et du Puy-en-Velay, ils restent à l'écart tant de la Querelle des Investitures que des Croisades. Hugues de Semur assiste, sans plus, au concile de Clermont où Urbain II prêche la Croisade. Pierre l'Ermite sera moins discret. Le Tribunal de l'Inquisition n'est pas non plus leur spécialité. Loin du fanatisme, Pierre le Vénérable abbé de Cluny, protège Pierre Abélard que (saint) Bernard de Clairvaux (1091-1153) et Guillaume de Saint-Thierry viennent de faire condamner.
Autre signe d'ouverture et de changement. Entre 1080 et 1120, Cluny abandonne l'économie domaniale, caractérisée par un transport de denrées entre les abbayes et les prieurés. Cluny adopte une économie monétaire, plus compatible avec des activités en réseau et à distance. A défaut du droit régalien de battre monnaie, se faire de la monnaie suppose des échanges marchands à proximité de chaque implantation. Les serfs profiteront de cette mutation. Indirectement, en 1311, la condamnation des Templiers (relais et banque) par Philippe IV le Bel, Bertrand de Got (Clément V) et le Concile de Vienne supprime une éventuelle concurrence économique.
Caractéristique de la Chrétienté, l'ordre de Cluny s'est maintenu jusqu'en 1790.